Un site web n’est pas seulement une solution technique. C’est un point de rencontre entre du référencement, des données clients, une notoriété de marque et des canaux de communication. Tout cela s’accumule avec les années. La question est de savoir à qui cela revient.
Un site est un actif quand sa valeur reste à l’entreprise qui l’a payé et qu’il rapporte plus qu’il ne coûte à faire vivre. Il devient un passif quand le maintenir coûte plus cher que ce qu’il rapporte, quand il faut le refaire pour en retrouver l’usage, ou quand ce qu’il a produit est rattaché à quelqu’un d’autre.
La différence ressemble à celle entre une maison et une voiture. Les 2 demandent des frais réguliers. La maison peut garder sa valeur, voire en prendre, selon la manière dont elle a été construite et dont on s’en occupe. La voiture en perd dès qu’elle sort du garage, et on finit par la remplacer. Un site conçu pour être refait au bout de quelques années relève de la seconde catégorie.
1. Le nom de domaine, avant toute chose
Ce qu’est un nom de domaine
C’est l’adresse de votre site (votremarque.fr). On ne l’achète pas : on en devient titulaire pour une durée limitée, renouvelable. Tant que vous le renouvelez, personne d’autre ne peut l’utiliser.
Qui intervient
3 acteurs :
- Le registre gère une extension. L’Afnic gère le .fr, Verisign gère le .com. Il tient la liste officielle des noms enregistrés et de leurs titulaires.
- Le bureau d’enregistrement (ou registrar) est l’intermédiaire chez qui on réserve et renouvelle le nom : OVHcloud, Gandi, Infomaniak, etc.
- Le titulaire est la personne ou l’entreprise à qui le nom est attribué. C’est lui qui décide de ce que devient le nom.
Ce qu’est le DNS
C’est l’annuaire d’internet. Quand quelqu’un tape votre adresse, le DNS indique vers quel serveur l’envoyer. Il indique aussi où arrivent vos mails. Celui qui contrôle le DNS contrôle donc où mène votre site et où arrivent les mails de votre entreprise.
Pourquoi c’est le premier point
Le référencement acquis, les liens que d’autres sites font vers vous, les adresses mail de l’équipe, la notoriété construite dans les recherches : tout est rattaché au nom de domaine. On peut changer de technologie, d’hébergeur ou d’agence sans perdre cela. On ne peut pas changer de nom de domaine sans repartir en partie de zéro.
Si le nom est enregistré au nom de l’agence, du SaaS ou d’un ancien salarié, changer de prestataire suppose leur accord. Et un nom non renouvelé redevient disponible pour n’importe qui.
Comment vérifier
- Pour un .fr : whois.afnic.fr
- Pour un .com et la plupart des autres extensions : lookup.icann.org
Le champ « titulaire » doit indiquer le nom de votre entreprise. Pour protéger les données personnelles, certaines informations sont masquées, en particulier pour les personnes physiques. Dans ce cas, la vérification passe par le bureau d’enregistrement : vous devez avoir un accès au compte, ce compte doit être au nom de l’entreprise, et l’adresse mail de contact doit être une adresse de l’entreprise, pas celle d’un prestataire.
Ce qu’il faut exiger
De votre agence ou de votre plateforme, avant la mise en ligne : le nom de domaine enregistré au nom de l’entreprise, un accès au compte du bureau d’enregistrement, et la date de renouvellement connue.
2. La donnée
Les commandes, les fiches clients, les inscrits à la newsletter, les statistiques de fréquentation, les données de la Search Console : c’est ce qui permet de comprendre ce que le site produit et de décider de la suite.
Ces données doivent vivre dans des comptes ouverts au nom de l’entreprise, avec un accès administrateur pour vous. Un compte Google Analytics créé par l’agence, avec l’agence comme seul administrateur, n’est pas votre donnée. Elle doit aussi pouvoir être exportée dans un format lisible par un autre outil.
3. Le design, l’intégration et le développement
Un site bien développé charge vite, est lisible par les moteurs de recherche, s’adapte à tous les écrans et peut évoluer sans tout reprendre. Chacun de ces points agit sur le référencement, sur la conversion et sur l’image de la marque, donc sur la valeur de l’actif.
À l’inverse, un site construit à coups d’extensions empilées ou de code que personne d’autre ne peut relire vieillit vite. Chaque évolution coûte plus cher que la précédente, jusqu’à la refonte.
Même logique pour les livrables : les maquettes, le code source et la documentation doivent vous être remis. Un autre prestataire doit pouvoir reprendre le travail.
4. La technologie ne tranche pas
Shopify, PrestaShop, WordPress, Webflow : le choix de la plateforme ne fait pas d’un site un actif ou un passif. Chacune peut héberger un site qui prend de la valeur, chacune peut héberger un site à refaire dans 2 ans.
Ce qui fait la différence, c’est la manière dont le site est construit et ce qui reste à l’entreprise : le nom de domaine, les données, les livrables, et un code que d’autres peuvent faire évoluer.
Pour vérifier où vous en êtes
- Le nom de domaine est-il enregistré au nom de votre entreprise ?
- Avez-vous un accès au compte du bureau d’enregistrement ?
- Êtes-vous administrateur de vos outils de statistiques et de la Search Console ?
- Pouvez-vous exporter vos données clients et vos commandes ?
- Disposez-vous des maquettes, du code et d’une documentation ?
Si une réponse est non, c’est la première chose à régler, avant tout projet de refonte.